Lamine Diack  le 13 janvier 2020 à Paris, lors de l’ouverture du procès qui sera – / AFP

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Après un faux départ en janvier, le procès de Lamine Diack, l’ancien patron de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), entre 1999 et 2015, va débuter lundi 8 juin à Paris, devant la 32e chambre correctionnelle. Au menu : six jours d’audience pour un cocktail de dopage, de corruption et d’ingérence politique à travers une affaire qui a démarré au début des années 2010 quand, dans la lutte contre le dopage, a été introduit le passeport biologique, permettant de déceler des variations sanguines suspectes.

De quoi Lamine Diack est-il accusé ?

Le Parquet national financier accuse Lamine Diack d’avoir mis en place « une véritable organisation criminelle ». A 87 ans, l’ancien dirigeant sénégalais, arrêté lors d’un voyage en France en novembre 2015, alors que la justice, alertée par l’Agence mondiale antidopage (AMA), s’intéressait à des soupçons de corruption à l’IAAF, risque jusqu’à dix ans de prison pour « corruption », « blanchiment en bande organisée » et « abus de confiance ».

Il est soupçonné d’avoir étouffé, en échange de pots-de-vin estimés par les juges à 3,45 millions d’euros, des cas de dopage dans l’athlétisme russe. Lamine Diack a reconnu que des sanctions contre les athlètes russes avaient été échelonnées, permettant à plusieurs d’entre eux de participer par exemple aux Jeux olympiques 2012. L’objectif était notamment de favoriser les négociations sur les droits télé et avec les sponsors en vue des Mondiaux d’athlétisme en août 2013 à Moscou.

Il est aussi reproché à Lamine Diack, en marge de contrats de sponsoring, d’avoir détourné de l’argent de la fédération qu’il dirigeait, à son profit et à celui de son fils, Papa Massata Diack, ex-consultant marketing de l’IAAF.

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Lamine Diack est-il le seul prévenu ?

La 32e chambre correctionnelle va aussi juger cinq autres anciens dirigeants et personnalités du monde de l’athlétisme. Mais un certain nombre d’entre eux devraient être absents. A commencer par les acteurs russes de ce dossier : l’ex-président de la Fédération russe d’athlétisme, Valentin Balakhnichev, qui fut aussi trésorier de l’IAAF, et l’ex-entraîneur national Alexeï Melnikov ne devraient pas être présents à Paris.

Tous deux visés par un mandat d’arrêt international, ils sont soupçonnés d’avoir participé aux versements des pots-de-vin pour protéger leurs athlètes. Lamine Diack a affirmé aux enquêteurs que M. Balakhnichev avait participé au financement de campagnes électorales au Sénégal lors des élections présidentielle et législatives en 2012.

M. Diack voulait alors favoriser la victoire de l’opposition. Les Russes, eux, souhaitaient étouffer les cas de dopage de leurs athlètes, notamment avant les Mondiaux d’athlétisme organisés à Moscou en août 2013. L’opération se serait conclue pour 1,5 million d’euros, selon Lamine Diack.

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Au rang des prévenus figure aussi Gabriel Dollé (78 ans), ex-responsable de l’antidopage à la Fédération internationale. Considéré comme l’un des maillons du pacte de corruption, il a reconnu avoir participé à ce qu’il a qualifié de système de « passivité permanente ». Pour ne pas avoir réagi face à la multiplication de passeports biologiques anormaux des athlètes russes, il avait reçu 190 000 euros en liquide.

Habib Cissé, avocat parisien et ancien conseiller juridique personnel de Lamine Diack, sera lui aussi jugé pour corruption. Il nie toute irrégularité de sa part.

Décrit comme un élément central dans les flux d’argent avec les Russes, et autre absent très probable lundi à Paris : Papa Massata Diack, le fils de Lamine et ancien conseiller marketing de l’IAAF, qui vit reclus à Dakar et a ignoré tous les appels de la justice française. Son avocat à Paris demande le renvoi du procès car ses deux autres avocats sont bloqués à Dakar par la fermeture des frontières. Cette demande sera examinée lundi matin.

Des centaines de virements bancaires issus de ses nombreux comptes découverts par les enquêteurs ont permis, au-delà des cas de dopage dans l’athlétisme russe, d’ouvrir le second volet de cette enquête pour « abus de confiance ». En marge de contrats de sponsoring et de droits télé de plusieurs millions d’euros, Papa Massata Diack est soupçonné d’avoir perçu des commissions occultes à travers les nombreuses sociétés qu’il possédait.

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Pourquoi le procès avait-il été différé en janvier ?

Le Parquet national financier avait demandé le renvoi parce qu’il avait reçu de nouveaux documents le matin même de l’ouverture du procès de la part des autorités sénégalaises.

En 2016, les juges français avaient envoyé une demande d’entraide à la justice sénégalaise, afin d’interroger à Dakar Papa Massata Diack. Sans succès. Mais un juge d’instruction sénégalais a fini par interroger Papa Massata Diack et Khalil Diack – autre fils de Lamine Diack, lui aussi mis en cause – en novembre 2019.

La justice sénégalaise avait par ailleurs transmis à la dernière minute des documents bancaires relatifs à plusieurs sociétés de Papa Massata Diack. Le Parquet financier avait estimé qu’il ne pouvait « pas faire comme si ces pièces n’existaient pas ».

Il avait par ailleurs relevé que les juges d’instruction avaient renvoyé Papa Massata Diack devant un tribunal pour un délit, le recel d’abus de confiance, qui ne figurait pas dans son mandat d’arrêt international.

Constatant « l’irrégularité de l’ordonnance de renvoi », les juges avaient donc décidé de renvoyer la procédure devant le Parquet national financier, afin qu’un juge soit de nouveau saisi et que les nouveaux éléments reçus soient versés au dossier.

Le Monde