Déjà fragiles en temps normal, les commerces de proximité ont subi de plein fouet la crise sanitaire et la fermeture imposée pendant les mois de confinement. Pour éviter qu’ils ne se retrouvent victimes collatérales de l’épidémie de Covid-19, plusieurs maires ont mis au point des plans de soutien et de relance, en complément du chômage partiel, des reports de charges et des aides gouvernementales.

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L’objectif : éviter que la spirale de fermeture de commerces dans leurs centres-villes, parfois déjà bien entamée, ne s’aggrave avec la crise. « La qualité de vie en ville passe par les vitrines, par la proximité, assure David Lisnard, maire de Cannes (Alpes-Maritimes). Je crois profondément que c’est l’avenir, que ce n’est pas ringard. » Ancien commerçant, le maire dit avoir compris immédiatement l’ampleur de la crise qui s’annonçait pour eux quand Édouard Philippe a annoncé leur fermeture dans la soirée du 14 mars.

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11 millions d’euros de charges exonérées

« Pour la première fois dans l’histoire, on a eu un arrêt simultané de l’offre et de la demande. » Réélu dès le premier tour, David Lisnard a eu les mains libres pour lancer une série de mesures de soutien immédiat aux commerces de proximité, notamment des exonérations de charges et un décalage de redevances, pour un coût de 11 millions d’euros.

Pendant la crise, la mairie de Cannes a également fait appel à des donateurs privés pour acheter des biens ou des services aux petits commerçants de la ville, et ainsi leur apporter un peu de trésorerie pendant leur fermeture. « On a par exemple acheté des vêtements auprès des boutiques de la ville pour les sans-abri hébergés dans le palais des festivals, ou acheté des chocolats auprès d’artisans pour les offrir aux personnes âgées dans les Ehpad », énumère-t-il. Des mesures complétées depuis le déconfinement par une campagne d’affichage appelant à « relocalis[er] nos achats », et une distribution de bons d’achat aux personnes à faibles revenus.

Plusieurs villes de l’Hexagone ont également opté pour la distribution de bons d’achat en soutien aux commerces de proximité. À Mont-de-Marsan (Landes), le plan de relance d’un million d’euros de la mairie comprend 300 000 euros de bons à dépenser dans les boutiques du centre-ville, offerts aux habitants, mais aussi aux touristes de passage. Les consommateurs doivent s’inscrire sur une plateforme en ligne et acheter un bon d’achat de 10, 20 ou 30 euros pour que la mairie abonde du même montant.

La mairie de Coulommiers a distribué des bons d’achats aux parents d’élèves, à utiliser dans les commerces partenaires du centre-ville.
© Thibaut Déléaz / Le Point

« Ça a commencé très fort », se réjouit le maire Charles Dayot, également réélu au premier tour en mars. « En quelques jours, 112 commerçants sur 150 participants ont déjà encaissé des bons, certains jusqu’à une quarantaine ! » D’ici la fin de l’opération, le 15 septembre, la mairie s’attend à un effet levier de 1,2 million d’euros sur le chiffre d’affaires des commerces. Un plan de soutien indispensable selon le maire de la commune, qui bénéficie déjà de l’opération gouvernementale « Cœur de ville » pour revitaliser son centre urbain. L’opération a été couplée à une extension de la gratuité du stationnement, et à un programme d’animations Covid-compatibles à la place des traditionnels événements culturels de l’été.

Attirer de nouveaux clients

À Coulommiers (Seine-et-Marne), la mairie a également choisi la distribution de bons d’achat, remis aux parents d’élèves en compensation du surcoût engendré par la fermeture de la cantine. Dans le centre-ville, l’idée séduit les commerçants partenaires, notamment ceux qui ont subi la fermeture. « C’est une super bonne idée, même si on n’en a pas encore vu », se réjouit la vendeuse d’un magasin de chaussures. Pauline Buerle, fleuriste sur la place principale, a déjà eu des clients venus avec leurs bons d’achat. « Ce sont des gens qui ne viennent pas forcément d’habitude, donc ça leur permet de découvrir les boutiques, et pourquoi pas de revenir. » Pas de quoi rattraper le chiffre d’affaires perdu pendant le confinement, mais un « geste bienvenu [de la mairie] pour montrer à la population de Coulommiers qu’ils sont solidaires des commerçants ».

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En Bretagne, pas de bons pour les boutiques lorientaises mais une aide aux investissements offerte par l’agglomération. Le programme « Pass commerce », qui servait avant la crise à financer les projets des commerces de centre-ville des communes de moins de 5 000 habitants, a été étendu aux petits commerces de toutes les villes de l’agglomération de Lorient, hors zones commerciales.

« Il faut que les clients remplacent l’aide publique »

Un investissement d’un demi-million d’euros, qui « permet aux commerçants obligés d’investir pour les mesures sanitaires d’avoir une aide et même une avance », explique David Métairie, maire de Lorient (Morbihan) et président du conseil d’agglomération, qui ne se représentait pas aux élections. « On sait que les petits commerçants indépendants n’ont pas forcément pu bénéficier de prêts de l’État et de toutes les aides. »

L’agglomération a également lancé un appel à projets destiné aux communes ou aux associations de commerçants pour financer des « outils collectifs ». « Ils pourraient par exemple organiser une braderie, des animations pour attirer les touristes dans l’été… On va y consacrer 60 000 euros en 2020, mais on peut encore abonder si besoin. »

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Toutes ces mesures ont un coût non négligeable pour les collectivités locales, mais elles sont indispensables, assurent leurs dirigeants. « C’est un investissement pour que, demain, ces petits commerces soient encore là dans nos centres-villes, justifie David Lisnard. Dans les crises, les fragiles meurent. Mais pour que les bien portants n’y passent pas eux aussi, il fallait une perfusion publique. Désormais, il faut faire en sorte que les clients remplacent cette aide publique. »