Par Alexandre Pedro

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Publié aujourd’hui à 06h00

RécitTop 30 des matchs qui ont marqué l’Euro. En attendant 2021, « Le Monde » a classé les rencontres qui ont fait la légende du tournoi. En 6e position, dix Italiens résistent à des Néerlandais qui ratent cinq pénalties et la qualification pour une finale à domicile.

Aimer le football, c’est aussi accepter la possibilité d’un 0-0, ce match « nul et vierge » selon ce cliché de journaliste pressé d’envoyer son compte rendu. De son passage à la Juventus entre 1982 et 1987, Michel Platini a ramené cette phrase d’entraîneur : « 0-0 est le score parfait parce que cela veut dire qu’aucune erreur n’a été commise », disait-il avec un rien de provocation quand il officiait comme consultant pour Canal+.

Mais, depuis les années 1990, cette Italie a déjà tourné le dos à un catenaccio pur et dur. Arrigo Sacchi et son grand Milan AC ont tout balayé. Le marquage individuel et le libéro ont vécu, la défense en zone devient la norme. Reste une culture et un instinct transalpins.

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En trente ans d’hégémonie culturelle, le catenaccio (inspiré du verrou suisse né dans les années 1950) a infusé dans un pays où le journaliste et écrivain Gianni Brera l’a érigé en nécessité et symbole du génie local. Moins fort physiquement, selon Brera, l’Italien aurait pour lui le sens de l’organisation collective remontant aux armées romaines et le goût du sacrifice.

Vitesse et apesanteur

Ce 29 juin 2000, le journaliste (mort huit ans plus tôt) aurait été heureux. La Nazionale ne dispose pas d’autre option que de défendre. Déjà, parce que l’adversaire l’y incite. Devant leur public, à l’Arena d’Amsterdam, les Néerlandais ne veulent pas juste se qualifier pour la finale de leur Euro (coorganisé avec la Belgique) mais aussi démontrer leur supériorité, comme toujours avec les héritiers de Johan Cruyff.

Rien de si présomptueux quand vos joueurs s’appellent Van der Sar, Stam, de Boer, Davids, Zenden, Kluivert, Overmars, Bergkamp et que vous avez remporté vos quatre premiers matchs, dont un 6-1 contre la Yougoslavie en quart de finale.

Toujours en apesanteur, les hommes de Frank Rijkaard marchent sur leurs adversaires, sauvés par le poteau sur une frappe de Dennis Bergkamp. Tout va trop vite. Surtout pour Gianluca Zambrotta, soldat dépassé sur son couloir droit, qui reçoit un second carton jaune au bout de trente-quatre minutes. A dix, attaquer est trop audacieux, Alessandro Del Piero et Filippo Inzaghi se muent alors en défenseurs comme les autres, mais juste plus avancés.

Défendre devient un instinct de survie. Il faut un mélange d’organisation et de chance. Question tactique, les Italiens savent faire et laissent les côtés aux Néerlandais pour concentrer leurs forces dans l’axe. Là, le trio Nesta-Cannavaro-Iuliano se charge de repousser tous les centres bataves. Positionnée en bloc bas, l’Italie préfère subir que de laisser de l’espace aux attaquants néerlandais. Un football de tableau noir.

Le Néerlandais Frank de Boer et le gardien italien Francesco Toldo, le 29 juin 2000, à l’Arena d’Amsterdam. FEVRE/PRESSE SPORTS

Mais parfois, les digues cèdent. Alors il faut s’en remettre à un gardien en état de grâce et à un peu de chance. Francesco Toldo a les deux pour lui ce jour-là. Peu après l’expulsion de Zambrotta, le remplaçant de Gianluigi Buffon détourne un penalty de Frank de Boer. A l’heure de jeu, Mark Iuliano accroche Edgar Davids dans la surface. Indulgent, monsieur Merk, l’arbitre, garde ce second carton jaune dans sa poche. Cette fois, Patrick Kluivert prend ses responsabilités et Toldo à contre-pied, mais le ballon heurte le bas du poteau.

« On savait qu’on allait perdre »

La peur change de camp. Les Néerlandais commencent à douter, accablés par leur propre maladresse et l’héroïsme italien. Surtout, ils devinent très bien où leurs adversaires veulent les emmener. « Nous avons vraiment détruit les Italiens dans le jeu. Mais ils ont été bien meilleurs que nous dans la gestion du match… Et bien mieux préparés pour les pénalties », confirmera, plus tard, l’ailier Marc Overmars, interrogé par So Foot.

Quand on a réalisé la performance assez rare de rater deux pénalties dans le même match, on n’aborde pas une séance de tirs au but avec un moral de vainqueur. Surtout que les Néerlandais traînent un échec dans l’exercice deux ans plus tôt, contre le Brésil (à Marseille), aux portes d’une finale mondiale.

« On savait qu’on allait perdre à ce moment-là », confiera plus tard Frank de Boer. Ce qui n’empêche pas le défenseur de s’avancer en premier malgré son premier raté. Mais Toldo lit dans les esprits néerlandais et plonge encore du bon côté. Derrière, Jaap Stam expédie le ballon en orbite.

L’Italie mène 2-0. Francesco Totti annonce à ses copains (et en dialecte romain) qu’il va mettre une « Panenka » à Edwin van der Sar. Même pas peur ! Le joueur de l’AS Roma dépose une feuille morte dans les filets néerlandais et repart hilare vers le rond central. Le tir réussi de Kluivert et l’échec de Paolo Maldini entretiennent à peine le suspens (3-1) avant qu’un Paul Bosvelt, livide, envoie sa frappe dans les gants de Toldo. Cette demi-finale avait choisi son camp et c’était celui de la défense.

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