Le pédopsychiatre Richard Delorme dans une salle d’IRM à l’hôpital Robert-Debré, à Paris, en juin 2018. Ed Alcock/M.Y.O.P. pour « Le Monde »

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Le professeur Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Robert-Debré (AP-HP) et coordonnateur du Centre d’excellence pour les troubles du neuro-développement (InovAND), s’inquiète des conséquences de la crise sanitaire actuelle sur la santé mentale des enfants. Entretien.

Voilà sept semaines que les Français sont confinés. Quelles conséquences avez-vous observées chez les enfants ?

Les quinze premiers jours, il y a eu une sidération dans la population, et dans notre service comme dans tous ceux qui ne prenaient pas en charge de malades du Covid-19, l’activité s’est effondrée. Plus de 90 % de nos patients ne venaient plus, et les contacts étaient surtout téléphoniques. Certaines familles nous ont décrit des enfants plutôt heureux de moins subir la pression du quotidien. Bien des parents ont cependant fait face à des situations difficiles, en particulier ceux ayant un enfant avec handicap sévère. Ils nous appelaient, mais étaient terrorisés à l’idée de venir à l’hôpital et d’être infectés par le coronavirus. Au début du confinement, les urgences de Robert-Debré sont passées de 300-400 passages quotidiens à 70 , avec tout de même des urgences de pédopsychiatrie : agitation, tentatives de suicide et maltraitances.

Depuis deux semaines, l’activité a repris, nous voyons des patients avec des troubles anxieux, alimentaires ou dépressifs, voire des automutilations. Dans beaucoup de cas, ces symptômes surviennent chez des enfants et adolescents sans antécédents psychiatriques. Dans la situation actuelle, le risque suicidaire chez les jeunes n’est pas négligeable.

Ces troubles sont-ils aussi observés dans les autres pays en quarantaine ?

Avec cette pandémie, les spécialistes de santé mentale de l’enfant ont fait le même constat dans tous les pays : le confinement est une situation à risques avec des retentissements sur le plan psychologique et psychiatrique, mais aussi une exacerbation des violences intrafamiliales. Tout cela entraîne probablement chez les enfants beaucoup plus de morbidité, voire de morts, que le virus lui-même. En Chine, une étude réalisée chez plus 2 300 élèves du primaire après seulement trente jours de confinement montre que 37 % d’entre eux sont très inquiets d’être atteints par le virus, 22 % ont des symptômes dépressifs et 19 % des symptômes anxieux significatifs.

Il est indispensable d’avoir une approche comparée des risques pour nous permettre de sortir d’une perception sanitaire effrayante et centrée uniquement sur le Covid. S’agissant des violences, les appels considérés comme urgents au 119 [Service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger] ont augmenté de 60 % ces dernières semaines sur le territoire. Aux Etats-Unis, avec les règles de quarantaine, les cas de violence domestique ont bondi de 21 % à Seattle, de 35 % au Texas.

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