« Vous nous avez manqué. Pour fêter nos retrouvailles, le personnel scientifique du musée vous accueille! » Le site du Centre Pompidou, qui rouvre officiellement mercredi 1er juillet — et même depuis le 26 juin pour ses adhérents — fait les choses en grand. Ou en petit comité. Puisque les réservations seront obligatoires pour venir à Beaubourg, le musée propose des visites guidées et gratuites — il faudra juste payer le prix d’entrée du Centre, sans supplément — intitulées « Coup de cœur du conservateur », du 1er juillet au 14 août. Il est assez rare de visiter les chefs-d’œuvre du XXe siècle, de Matisse à l’art contemporain, non pas avec un guide conférencier mais avec l’un de ceux qui ont conçu eux-mêmes les salles et les accrochages.

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Un musée d’art moderne ne doit pas être académique en plein déconfinement avec des jauges réduites pour accueillir le public. En arrivant à Beaubourg, sur le trottoir, la distanciation physique est marquée par des citations de grands artistes au sol, comme celle du peintre surréaliste Francis Picabia : « Il n’y a rien à comprendre, vis pour ton plaisir. » Cela donne le sourire en marchant. Les restaurants seront ouverts, en bas comme en haut du bâtiment coloré, chez le très chic Georges avec vue imprenable sur Paris.

Un hommage plus poignant

Le musée national d’art moderne, au 5e étage, rouvre avec une exposition Christo, l’homme qui empaquette tout, du Pont-Neuf à Paris au Reichstag de Berlin. On est heureux, déjà, de se retrouver à cet étage, avec ces immenses et familières baies vitrées sur le Sacré-Cœur, la Défense, la tour Eiffel ou Montparnasse. L’exposition devait ouvrir le 17 mars après un vernissage le 16.

Christo dans le couloir menant à son atelier, rue de Saint-Senoch, à Paris (XVIIe)./Christo/Enzo Sellerio  

Certains articles de presse étaient déjà parus au moment du confinement. Elle a pu être décalée du 1er juillet au 19 octobre. Tout comme le projet de l’artiste d’origine bulgare d’empaqueter l’Arc de Triomphe.

Ce sera en 2021 et non plus cette année, mais sans lui : Christo, de son vrai nom Christo Vladimiroff Javacheff, né le 13 juin 1935, est mort le 14 mai. « Il avait des problèmes de santé mais on ne pensait pas le voir partir si vite. Ce fut un grand choc », confie Sophie Duplaix, commissaire de l’exposition.

Le projet de Christo d’empaqueter l’Arc de Triomphe sera visible en 2021./André Grossmann Le projet de Christo d’empaqueter l’Arc de Triomphe sera visible en 2021./André Grossmann  

Cet hommage prend un sens différent et plus poignant. Elle s’intitule « Christo et Jeanne-Claude : Paris! ». On connaît mal Jeanne-Claude, sa compagne et artiste, grâce à qui l’Arc de Triomphe sera bel et bien emballé sous des kilomètres de toile comme le Pont-Neuf en 1986.

«J’ai emballé tout ce qui était à ma portée»

Le moment le plus émouvant de l’exposition, qui n’est pas une rétrospective, est d’ailleurs le film, sur grand écran, retraçant les efforts sur des années de Christo pour convaincre Jacques Chirac, alors maire de Paris, qui craignait que le Pont-Neuf emballé — pendant deux semaines — exaspère les Parisiens.

En 1985, Christo avait empaqueté le Pont Neuf à Paris./Christo 1985 En 1985, Christo avait empaqueté le Pont Neuf à Paris./Christo 1985  

Aujourd’hui, on ne pourrait plus réaliser un tel film, dans lequel toutes les coulisses sont dévoilées. On y comprend surtout l’histoire de Christo, né dans la Bulgarie communiste, dessinateur surdoué, qui s’enfuit seul à l’Ouest, essaie de séduire Jeanne-Claude, fille d’un général aristocrate français.

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Elle le repousse d’abord pour un meilleur parti, avant de céder pour former un couple artistique fusionnel. Ils vivront à Paris puis à New York, où Christo devient une star de l’art.

Portrait empaqueté de Jeanne-Claude, la femme de Christo./Christo/Christian Baur Portrait empaqueté de Jeanne-Claude, la femme de Christo./Christo/Christian Baur  

L’exposition, un peu conceptuelle, amuse et intéresse par ses obsessions : l’artiste a toujours voulu tout empaqueter, des poussettes d’enfants, chevaux de bois, ou même ses premiers tableaux de Brigitte Bardot ou de Jeanne-Claude. « J’ai emballé tout ce qui était à ma portée », disait-il. Surtout, la partie consacrée à la préparation de l’événement Pont-Neuf dans les années 1980 montre la virtuosité de ses dessins préparatoires, qu’il vendait pour financer son grand œuvre. Emballant.

Centre Pompidou (Paris IVe), 14 euros, fermé le lundi, ouverture le 1er juillet, réservation obligatoire ici.