Image extraite de « Sapphire Crystal », de Virgil Vernier. DR

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Cela faisait quelque temps que l’on n’avait eu de nouvelles de Virgil Vernier. Il s’était envolé à Genève pour une extraction des signes contemporains du territoire dont le cinéaste a le secret. Après Orléans (2012), Andorre (2013), Les Mercuriales (2014), conte exploratoire dans les tours de la porte de Bagnolet (Seine-Saint-Denis), Sophia Antipolis (2018), voici Sapphire Crystal (2019), moyen-métrage noctambule (trente minutes) où l’on suit en trois temps, trois lieux, la jeunesse dorée de l’une des villes les plus chères au monde. Dans l’univers de l’horlogerie de luxe, Sapphire désigne un verre transparent de la plus haute qualité pour la fabrication des montres.

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Ce film étourdissant en forme de vanité, fabriqué avec des étudiants en cinéma de la Haute Ecole d’art et de design (HEAD) de Genève, a remporté le Grand Prix André S. Labarthe de la compétition fiction du festival Côté court 2020, dont la 29e édition a eu lieu en ligne du 17 au 27 juin. Parmi les autres films récompensés, citons le prix du meilleur premier film attribué à Un adieu, de Mathilde Profit, le prix du public à Eva voudrait, de Lisa Diaz, ainsi que le prix spécial du jury au puissant Journey Through a Body, de Camille Degeye.

« Réinvention d’un monde »

C’est à partir d’images capturées sur Instagram, issues de la boîte la plus sélect de la ville, que Virgil Vernier a composé son casting de comédiens. Le réalisateur tient toujours à montrer des visages nouveaux à l’écran, pour que « chaque film soit comme la réinvention d’un monde », expliquait-il dans un entretien au Monde en octobre 2018. Le réalisateur a réussi à convaincre des jeunes gens (auxquels se sont ajoutés quelques étudiants de la HEAD) de rejouer devant la « caméra » du smartphone des anecdotes qu’ils lui avaient livrées. On pourra les trouver insupportables ou prévisibles, mais ils existent et méritent qu’on les écoute. Tel était le contrat.

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Par un écran de téléphone portable, on découvre un petit groupe de jeunes gens branchés, discutant de leurs exploits dans une boîte de nuit : la veille, ils ont fait une douche de champagne avec quarante bouteilles – « crystal shower », précise l’un d’eux. Une fille à l’air sage de Grace Kelly trouve à redire à cette pratique ostentatoire, gentiment moquée par ses camarades assumant les signes extérieurs de richesse. L’arrivée d’un copain avec une amie d’enfance, originaire de Belgrade et tout aussi argentée, apporte un peu d’air frais. Et de malaise aussi. Elle découvre le sens de la fête genevois, et l’on ne sait trop ce qu’elle pense. De la villa aux baies vitrées où se prolonge la nuit, jusqu’au bord du fleuve où jaillit un puissant jet d’eau, tel un magnum de champagne à ciel ouvert, la petite bande bavarde aura trouvé de nouveaux frissons, avec un petit snif de « coke à base d’or pur ». Virgil Vernier, lui, excelle dans la fiction à base de « doc » pur.

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