Piquebœuf à bec rouge (également appelé Askari wa kifaru, ou « le gardien des rhinos ») prévient un rhinocéros noir en lui chantant dans l’oreille dans le parc de Hluhluwe-iMfolozi  (Afrique du Sud). Jed Bird

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L’histoire naturelle a été écrite par l’homme blanc. Il en a choisi les événements-clés, les approches et en a nommé les acteurs, souvent dans l’ignorance des savoirs accumulés par les populations locales. Prenez le piquebœuf à bec rouge (Buphagus erythrorynchus). Cette appellation, le passereau africain la doit à Edward Smith-Stanley, 13e comte de Derby, militaire, homme politique et surtout naturaliste britannique de la première moitié du XIXe siècle. Un choix naturel, à première vue : le volatile s’alimente volontiers de tiques et insectes trouvés sur le bétail, alors possédé par les colons anglais.

Sans doute l’édile de Sa Gracieuse Majesté ne parlait-il pas le swahili. Autrement, il aurait su que le nom local de l’animal, askari wa kifaru, avait une tout autre signification : « gardien du rhinocéros ». Et c’est cette histoire, mais surtout sa réalité scientifique, que des chercheurs australiens et sud-africains viennent de mettre au jour et ont publiée le 9 avril dans la revue Current Biology.

Un cri à l’approche des humains

Grandi en Australie, l’écologue Roan Plotz n’entendait pas plonger dans les vieilles légendes de son pays de naissance en équipant de balises quelques dizaines de rhinocéros du parc Hluhluwe-Umfolozi, en Afrique du Sud. « Je souhaitais étudier leur comportement général, notamment leurs déplacements », admet l’assistant de l’université de Victoria. Au bout de quelques mois, il constate la présence fréquente de piquebœufs sur les pachydermes, mais surtout observe les volatiles s’alimenter du sang de plaies ouvertes creusées par des vers sur les flancs des animaux. « Les buffles ont les mêmes plaies, mais ils ne laissent pas faire les oiseaux, explique Roan Plotz. J’ai commencé à disséquer les séquences. J’ai d’abord observé que les oiseaux lançaient à notre approche un cri particulier. Et qu’immédiatement, les rhinocéros changeaient de comportement, se levaient, se tournaient. Et c’est là que j’ai découvert le nom en swahili… Il fallait que je vérifie. »

« Ne serait-ce pas l’extrême vulnérabilité du rhinocéros devant les humains qui a ici guidé l’évolution du comportement ? » Roan Plotz

Se pouvait-il donc que le rhinocéros, avec sa vue basse, profite de l’œil perçant du passereau ? L’Australien commence par comparer la présence d’oiseaux selon que le pachyderme se trouve ou non équipé de balises. Ce petit implant, logé dans la corne, guide l’approche des chercheurs. Roan Plotz note que 56 % des rhinocéros équipés qu’il croise portent un piquebœuf, contre 17 % seulement des bêtes privées du dispositif. « L’explication la plus cohérente était qu’en l’absence de balises, nous rations une majorité de rhinocéros car ils étaient alertés par leurs sentinelles. »

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