Le soulagement, c’est le premier sentiment qu’a exprimé Michèle Rubirola en recevant des mains de Jean-Claude Gaudin l’écharpe de maire de Marseille. À son arrivée ce samedi matin à l’hôtel de ville, la candidate du Printemps marseillais a été accueillie par les vivats de ses sympathisants : « On a voté, on veut les clés ! » Mais, malgré son avance de quelque 13 000 voix sur la candidate LR Martine Vassal, Michèle Rubirola n’était pas assurée d’être élue maire, n’ayant pas obtenu la majorité absolue au soir du second tour.

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C’est donc au terme d’un troisième tour mouvementé, qu’elle a gagné le soutien de 51 élus – il lui en fallait 47. Une victoire que cette médecin, presque novice en politique, doit avant tout à Samia Ghali. Les deux femmes ont fini par s’entendre in extremis.

Samia Ghali, deuxième adjointe

Samia Ghali sera la deuxième adjointe de Michèle Rubirola.  
© CLEMENT MAHOUDEAU / AFPAprès avoir présenté sa candidature au premier tour, histoire de rappeler à tout le monde que ses neuf voix étaient indispensables à la victoire, la « madone des quartiers nord » a finalement rallié le Printemps marseillais, à l’issue d’une interminable suspension de séance et d’une « pause déjeuner » qui a permis la reprise des négociations. La sénatrice n’a toutefois pas obtenu le poste de première adjointe comme elle le réclamait, mais celui de deuxième adjointe.

Pour la seconder, Michèle Rubirola a préféré le socialiste Benoît Payan, l’un des initiateurs du Printemps marseillais, qui lui avait cédé la place de tête de liste. La nouvelle maire de Marseille remercie ainsi celui « qui a su porter très haut la politique en préférant l’intérêt de Marseille à son destin personnel ». Ce choix lui permet aussi de ne pas se dédire, à la suite du communiqué qu’elle avait publié en réponse aux exigences de la sénatrice : « Je ne serai l’otage d’aucun chantage, je réfute ces pratiques bien éloignées des enjeux et j’invite Samia Ghali à faire de même. » Reste à voir comment fonctionnera le trio, Samia Ghali n’ayant jamais caché ses doutes quant à la stratégie du Printemps marseillais.

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L’échec du « pacte marseillais »

Son élection, la nouvelle maire de Marseille la doit aussi au ralliement à Samia Ghali de Lisette Narducci. Membre du Parti radical de gauche, cette ancienne guériniste avait décidé de soutenir Jean-Claude Gaudin en 2014, avant de rejoindre le candidat dissident de la droite Bruno Gilles. En rejoignant la sénatrice, elle a apporté une neuvième voix décisive au Printemps marseillais.

Avec dix voix de moins que Michèle Rubirola, le candidat LR Guy Teissier – désigné par Martine Vassal pour la remplacer – ne bénéficiait pas, quant à lui, d’une réserve de voix suffisante pour l’emporter. Surtout après la décision du Rassemblement national – qui avait proposé à la droite un « pacte marseillais » – de ne pas voter lors de ce troisième tour.

La droite exsangue

Partie favorite, la droite sort exsangue de ces élections municipales, durant lesquelles les divisions des dernières années, enfouies sous le tapis par Jean-Claude Gaudin, ont ressurgi. Affaiblie par la perte de son secteur et son score du second tour, Martine Vassal ne semble pas être à même d’œuvrer à la reconstruction. Il n’est pas certain non plus qu’elle puisse conserver la présidence de la métropole, dont les élections se tiendront le 9 juillet. D’autant que d’autres élus pourraient se positionner, comme la maire d’Aix Maryse Joissains ou celui de Salon, Nicolas Isnard.

Au moins la droite devrait-elle conserver la métropole, puisqu’elle y est encore majoritaire. Ce qui pourrait compliquer la tâche du Printemps marseillais qui aura besoin de ses subsides pour mettre en œuvre son programme de transition écologique et de réduction des inégalités. La nouvelle maire de Marseille devra aussi composer avec une majorité fragile et hétéroclite, mais suffisamment solide a priori pour voter le prochain budget, pour lequel Michèle Rubirola a déjà annoncé vouloir « suivre les préconisations de la chambre régionale des comptes », qui a étrillé la gestion Gaudin dans deux rapports publiés fin 2019.

Vers un quatrième tour judiciaire

Il faudra aussi surveiller le quatrième tour judiciaire de ces élections municipales décidément hors normes. Mardi, dans le cadre de l’affaire des procurations douteuses, la police judiciaire a perquisitionné la mairie du 6e secteur, où le maire sortant LR Julien Ravier a été réélu avec seulement 352 voix d’avance sur le candidat du Printemps marseillais Yannick Ohanessian. Ce dernier a déposé un recours au tribunal administratif ainsi qu’une plainte avec constitution de partie civile. Il a été suivi par le candidat LREM de ce secteur.

Stéphane Ravier a également déposé un recours pour contester l’élection du candidat LR dans son secteur des 13e et 14e arrondissements. Le Printemps semble en revanche avoir abandonné toute intention de recours sur le secteur de Samia Ghali, alors que son candidat, le communiste Jean-Marc Coppola, pointait dimanche soir plusieurs bureaux « suspects » dans lesquels le vote pour la sénatrice a été massif…