« Allez, encore trois minutes de récupération et on reprend! » Sa voix grave s’entend depuis la main courante du petit stade Jean-Gallet. A 56 ans, Jean-Pierre Papin a repris du service cette saison au FC Chartres (N2, le 4e niveau national), cinq ans après sa dernière expérience au Bassin d’Arcachon (N2) et une décennie après son dernier passage chez les pros à Châteauroux (L2).

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Le choix de repartir aussi bas peut surprendre de la part d’un ancien joueur international (54 sélections, 30 buts avec l’équipe de France) sacré Ballon d’or en 1991. L’ex-attaquant de l’OM, de l’AC Milan et du Bayern Munich a animé ce jeudi matin dans la bonne humeur et la chaleur estivale la première des deux séances quotidiennes, axée sur le travail physique, avant de nous expliquer les raisons de ce retour.

Pourquoi avoir repris le coaching au 4e niveau national ?

JEAN-PIERRE PAPIN. J’avais envie de retrouver le terrain ! Il fallait ensuite trouver le bon projet. Avec Gérard (NDLR : Soler, le président, ancien joueur international), cela faisait quelques années qu’on discutait de la possibilité de venir au FC Chartres, mais ma situation familiale à l’époque ne me permettait pas de la faire. C’était compliqué d’allier le management d’un club de foot avec mon association, Neuf de Cœur, et ma fille Emily (atteinte de lésions cérébrales depuis son enfance).

Comment va-t-elle ?

Elle continue de faire des progrès, même si elle va avoir 30 ans à la fin du mois. On sait qu’elle ne sera jamais comme les autres. Mais Emily vit avec nous en faisant partie de la famille à 200 % (Elle est la troisième d’une fratrie de cinq). On a un souci de plus que la plupart des autres parents et on a fait avec. Ma carrière était en stand-by car ma fille est plus importante. Aujourd’hui, elle va bien. Je vais prendre un peu de bon temps avec le foot car j’en ai besoin aussi. Mais Emily sera toujours ma priorité. Elle a un programme tous les jours avec des intervenants qui sont là pour la faire progresser.

Est-ce votre plus belle victoire ?

Un jour, on m’avait dit en France qu’elle ne marcherait jamais. A présent, elle est capable de courir 10 km avec moi tous les jours. Il ne faut pas toujours croire ce que l’on nous raconte. Emily, c’est le combat d’une vie ! Il faut être présent tous les jours. Il y a beaucoup de gens qui ont honte d’avoir un enfant handicapé, mais il ne faut pas. C’est un enfant différent qui a besoin d’un peu plus de soin, d’affection, et on arrive à régler certaines situations. Mais pas tout.

Vous avez été un précurseur en créant votre propre association, Neuf de Cœur…

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C’était facile, car nous avions une personne handicapée. L’association permettait d’informer sur ce qui se passait ailleurs. Aujourd’hui, Neuf de Cœur a 23 ans et a aidé beaucoup de gens.

Retrouver le monde du foot pro, c’est un objectif ?

On ne fait pas ça par hasard. Ce projet me motive. Bâtir, façonner le club et monter en National puis éventuellement en Ligue 2 est même plus fort que d’arriver déjà au sein d’un club pro. Je veux laisser une trace. Le problème, dans le foot, c’est qu’on n’a pas le temps.

Jean-Pierre Papin, ici au côté de Noël Le Graët, regrette l’absence d’anciens joueurs dans les clubs. LP/Icon/A.D.  

Qu’est ce qui vous plaît dans le coaching ?

L’odeur du vestiaire et du terrain. Et aussi l’envie d’apporter mon expérience d’ancien joueur. Je n’ai pas de baguette magique. Faire passer les messages est une chose, mais après, ce sont les joueurs qui ont la clé. Mais je serai toujours là pour les aider à ouvrir la porte.

Est-ce que vos joueurs vous posent des questions sur votre parcours ?

Oui. Cela me fait plaisir de m’en rappeler et de le raconter. Mais ils ne se rendent pas compte de l’investissement et des sacrifices nécessaires pour réaliser une belle carrière.

Fin 2016, vous étiez en contact avec Jacques-Henri Eyraud, le président de l’OM. Pourquoi cela n’a pas abouti ?

On s’est vu une seule fois et nous avions évoqué la possibilité que je rejoigne l’OM dans un poste à définir. Il m’a dit : Je t’envoie une proposition par mail la semaine prochaine. J’attends toujours…

A part Basile Boli (coordinateur sportif à l’OM), pensez-vous qu’on fait suffisamment appel aux anciens dans le club, à l’instar du Bayern Munich par exemple ?

Non. A Lyon et Lens, on se sert des anciens. En France, on laisse souvent les anciens de côté. C’est dommage, car c’est un gage de son passé, de la réussite du club. On peut faire passer un message aux jeunes.

Vous rêvez de rejoindre l’OM ?

Je l’ai espéré à un moment donné, mais maintenant, je ne me pose plus la question. Si j’avais dû rejoindre Marseille, cela aurait dû se faire avant.

Est-ce que ce serait une bonne chose que Marseille soit racheté par des propriétaires étrangers ?

Je ne sais pas. Des gens ont acheté le club et travaillent. Les résultats sont plutôt intéressants car Marseille retrouve la Ligue des champions cette saison. Je souhaite que l’OM aille le plus haut possible.

Jean-Pierre Papin et Marquinhos lors de la finale de la Coupe de France 2019 entre Rennes et le PSG. LP/F.D. Jean-Pierre Papin et Marquinhos lors de la finale de la Coupe de France 2019 entre Rennes et le PSG. LP/F.D.  

Le PSG peut-il enfin gagner la Ligue des champions ?

J’espère que les Parisiens iront au bout. Ils n’ont jamais été aussi forts mais il y a d’autres équipes qui ont la même qualité et la même motivation. Cette compétition se joue sur des détails.

Qui sera le prochain Français à gagner le Ballon d’or ?

Logiquement, Kylian Mbappé! Il a la tête sur les épaules, Il est efficace, il a tout pour le remporter. Après, est-ce qu’il sera Ballon d’or en jouant en France? Je l’espère pour lui. Mais le jour où il quittera Paris pour un très grand club comme le Real ou le Barça, il aura peut-être plus de chance. Le Ballon d’or est plus important dans ces clubs-là.

Après des résultats encourageants (montée en CFA 2 avec Arcachon puis accession en L1 avec Strasbourg), votre passage à Lens s’est mal terminé (relégation en L2) en 2008…

On m’avait imposé un binôme (avec Daniel Leclercq) et ça s’était mal passé. Je pense que j’aurais pu m’en sortir seul mais c’était une décision des dirigeants et je l’ai acceptée. Un an après, à Châteauroux (L2), j’étais seul aux commandes et ça s’est bien passé. On a sauvé le club de la relégation en six mois. Je suis ensuite parti car le président n’était pas sûr de rester.

Cette mauvaise expérience à Lens vous a-t-elle frustré ?

Je connaissais ce milieu mais pas de cette manière. Il ne faut pas sortir du cercle et j’en suis sorti. Aujourd’hui, quand un coach se fait virer, il repart ailleurs car les présidents et entraîneurs pros se côtoient. Si tu ne fais pas partie de ce cercle, cela devient très compliqué de trouver un poste.