Dans un laboratoire de la société Gilead à La Verne, en Californie. GILEAD SCIENCES / via REUTERS

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Coïncidence ? Mercredi 29 avril, à la Maison Blanche, Anthony Fauci, le directeur de l’Institut national de l’allergie et des maladies infectieuses (NIAID), faisait état de « nouvelles plutôt bonnes » concernant l’efficacité face au Covid-19 d’un antiviral produit par l’américain Gilead, le remdesivir. C’était quelques heures avant qu’une équipe chinoise ne publie dans la revue The Lancet les résultats du premier essai randomisé et en double aveugle visant à évaluer la même molécule contre le SARS-CoV-2.

Ces résultats chinois sont décevants : l’antiviral expérimental, initialement destiné à lutter contre Ebola (sans succès), n’a pas accéléré la guérison ni réduit les décès par rapport à un placebo, constatent Bin Cao (Hôpital de l’amitié sino-japonaise, Pékin) et ses collègues. Les améliorations observées dans les délais de rétablissement ou la durée de la ventilation mécanique ne sont pas statistiquement significatives chez ces personnes traitées dans les dix jours suivant l’apparition des symptômes, par rapport à des soins standards – lopinavir-ritonavir, interférons et corticostéroïdes.

Les essais randomisés en double aveugle sont le standard le plus élevé en matière d’évaluation des médicaments, car ils permettent de comparer, dans deux groupes de malades comparables, constitués de manière aléatoire, la molécule d’intérêt à un placebo, sans que le patient ni l’équipe soignante sachent ce qui est administré, évitant ainsi certains biais. L’essai évoqué par Anthony Fauci et conduit par son institut appartient à cette catégorie, mais ses résultats finals ne sont pas encore connus – peut-être est-il même encore en cours – et il n’est, en tout cas, pas encore passé par le filtre de la relecture par les pairs et par la publication dans une revue scientifique.

Puissance statistique insuffisante

C’est, en revanche, le cas de l’essai chinois – dont les résultats avaient temporairement fuité il y a quelques jours sur un site de l’Organisation mondiale de la santé –, même s’il n’a pas été conduit totalement comme planifié. L’étude a porté sur 237 adultes de dix hôpitaux de Wuhan, dont 158 ont reçu le remdesivir, alors qu’il avait été prévu d’inclure 453 personnes au total : le confinement a permis d’enrayer l’épidémie dans la ville avant que la totalité ait pu être enrôlée, ce qui réduit la puissance statistique des observations. « De plus, les restrictions en matière de disponibilité des lits ont fait que la plupart des patients ont été inscrits plus tard dans l’évolution de la maladie, de sorte que nous n’avons pas pu évaluer de manière adéquate si un traitement précoce par le remdesivir aurait pu apporter un bénéfice clinique », regrette Bin Cao, dans un communiqué publié par The Lancet, à l’appui de la publication de l’étude.

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