Le service est interrompu depuis la mi-mars … Pas le moindre match officiel de tennis à se mettre sous la dent. Pour s’occuper pendant ce régime sans balles, de nombreux joueurs se nourrissent d’exhibitions où le menu diffère de celui du circuit : des sets en quatre jeux (Adria Tour), du super tie-break en guise de 3e set (Challenge Elite FFT ou Battle of the Brits) ou carrément de la cuisine expérimentale avec l’Ultimate Tennis Showdown. Et certains verraient bien certains ingrédients se retrouver dans les tournois classiques.

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« Il faudrait peut-être réfléchir à l’idée d’introduire de temps en temps un super tie-break, notamment sur les premiers tours d’un tournoi », a ainsi lancé Dominic Thiem, n°3 mondial. « Je ne peux plus regarder Roland-Garros, je ne peux pas regarder quatre ou cinq sets, même pour un Federer – Nadal, a lâché Richard Gasquet dans l’Equipe. Quand ça fait 1h20 que tu regardes, que ça fait 7-6, et 0-1 avec le mec qui se fait breaker au début du deuxième, je suis cuit. C’est fatigant. Je ne vous dis pas qu’il ne faut faire que des formats extrêmes, mais il y a peut-être un truc à trouver… »

«Les débuts de sets sont lassants»

Qu’on parle de sets raccourcis, de « no ad » (point décisif à 40A), de suppression du let ou de la deuxième balle au service, de réduction du temps entre les points, toutes les règles testées ces dernières années sur des épreuves secondaires répondent à la même problématique de maîtrise de la durée des matchs. Dans une société du fast-food et du zapping, le tennis serait devenu trop roboratif, que ce soit chez les amateurs ou les professionnels. En quête, comme tous les sports majeurs, de modernisme et de rajeunissement de l’audience.

« Moi, je suis favorable au no ad, souffle Jean-François Caujolle, directeur de l’Open 13. Ça éviterait certains jeux à rallonge. Après, éventuellement, des matchs en cinq sets de quatre jeux pour l’aspect dramatique. S’il y a un break dès le 2e jeu, on est presque à la fin et c’est déjà spectaculaire. Aujourd’hui, les débuts de set sont lassants. »

Malgré sa fonction, Caujolle se veut traditionaliste. « Ce sont surtout les organisateurs, les télés, qui veulent changer les choses, poursuit-il. Je ne voudrais pas qu’on finisse avec des matchs au chrono où celui qui mène au bout d’une heure a gagné ! » En 6h33, Arnaud Clément détient (avec Fabrice Santoro) le record du match le plus long à Roland-Garros en 2004. « Le problème de la durée revient régulièrement, souffle l’ex-capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis. Mais un super tie-break, par exemple, ça change beaucoup de choses. La richesse de notre sport, c’est la variété. Il faut être complet et endurant. Un super tie-break appauvrit notre discipline. »

«La manière de consommer le sport a évolué. Le tennis non», regrettait en juin Patrick Mouratoglou. LP/E.B.  

A la limite, l’ex n° 10 mondial laisserait sa chance au no ad. « Dans le fond, cela ne changera pas grand-chose, observe-t-il. Cela peut créer des moments encore plus importants ou chacun peut gagner le jeu sur un point. Mais a-t-on vraiment besoin de changer quoi que ce soit ? On a déjà les exhibitions qui permettent de proposer n’importe quelle règle, il faut qu’on puisse encore les différencier des compétitions officielles ! »

Où tout n’est pourtant pas forcément lisible. Il existe ainsi quatre tournois du Grand Chelem… et autant de règlements pour mettre un terme aux matchs à rallonge. L’Australie pratique le super tie-break (en dix points) au 5e set à 6-6, l’US Open le tie-break (en sept points) à 6-6, Wimbledon le tie-break à 12-12 et Roland-Garros les deux jeux d’écart. « Si on veut gratter un peu, on pourrait encore réduire le temps que certains prennent au service, lance Caujolle. Dix secondes sur la ligne, c’est bien suffisant. »

«Le code de conduite est tellement rigide…»

Au-delà du format, le débat porte aussi sur une certaine souplesse des mentalités : autoriser le coaching durant les matchs, adopter un règlement moins sévère pour laisser les joueurs exprimer leur caractère ou autoriser le public à bouger pendant les échanges. « Le code de conduite est tellement rigide et les amendes sont tellement importantes qu’en fait, les joueurs se sont autocensurés, regrette Patrick Mouratoglou, créateur de l’UTS. Ils ont donc un comportement qui est extrêmement linéaire et qui est quasiment le même pour tous. »

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